03.11.2009
deuxième jour du défi
Je reprends juste un petit peu plus haut pour faire sens. Total : 6 235 mots
Divertissement. Le cirque international des Sériom est arrivé dans la ville de Azouain-les-deux-mers. Ce cirque est très réputé pour ses spectacles de très haute qualité, ses tours exceptionnels, visibles uniquement sur place. Un rendez-vous de haut vol à ne pas manquer ! »
Deuxième jour
Justement, ça tombait bien, n’est-ce pas ce spectacle que Mary Anne voulait voir ? Elle avait pris deux places, a priori. En parlant de Mary Anne, on ne devait pas manger ensemble ce midi ? Si c’est le cas, il va falloir se magner un peu !
L’écrivain interrompt le récit à ce point précis car il est en panne d’inspiration. A nouveau les doutes l’assaillent et le torturent, lui susurrant qu’il n’a rien à dire, que c’est nul et que ça ne démarre pas, que personne n’aimera. Alors l’écrivain réutilise la technique du « il écrit pour lui » pour tenter de noyer les mauvaises ondes qu’il auto génère. Mais en attendant que cette technique porte ses fruits, il faut bien continuer à écrire, pour que l’écriture soit déliée et non pas entravée. Car c’est en sciant que Léonard de Vinci et donc c’est en écrivant que l’écrivain écrivit. D’une logique sans faille.
L’écrivain réalise qu’il n’a réussi à noircir qu’une seule et unique page, maigre consolation, sur cette nouvelle nommée Atropos. Peut-être faut-il le voir différemment ? Peut-être faut-il se dire qu’il a réussi, malgré tout, à noircir une page et qu’il est évident qu’on ne peut pas trop en demander après un si long silence. Pourtant, onques ne put s’empêcher de penser qu’il lui était plus aisé de déblatérer pendant des pages sans but ni raison que de s’évertuer à faire prendre vie à l’une de ses idées. Est-ce un sujet trop sensible ?
Pourquoi écrire ? Longtemps l’écrivain s’est demandé d’où venait cette envie d’écrire, cette puissance motrice qui lui dictait par moment l’impérieux désir, l’écrivain osera même BESOIN, d’écrire et pourtant, pourtant rien n’y faisait. Une fois seul devant l’écran ou le papier, l’écrivain ne pouvait rien écrire – malgré cette voix profonde qui disait, qui suppliait même « vas-y » « jette-toi à l’eau » « écris !! écris !! »
Est-ce pour s’oublier soi-même que l’écrivain écrit ?
Est-ce pour oublier le monde dans lequel il vit en insufflant la vie à un monde bien à lui ?
Est-ce pour répondre au besoin de l’art ?
Est-ce pour contrôler ce qui se passe et jouer à dieu comme d’autres jouent au docteur ?
Est-ce un moyen d’explorer la psyché des autres et la sienne au passage ?
Est-ce une volonté personnelle ou extérieure ?
Est-ce un peu tout cela à la fois et rien en même temps ?
En attendant, il faut écrire. Telle est la décision de notre écrivain. Ecrire pour ne rien dire, écrire ce qui vient et écrire même quand rien ne vient justement.
L’écrivain s’étant inscrit avec un jour de retard pour participer à ce défi, il vient tout juste de recevoir son courriel, d’autres diraient e-mail, l’écrivain ne se prononce pas, de bienvenue. Le ton en était très sympa. Voici les conseils reçus (traduits de l’anglais) :
- C’est normal de ne pas avoir la moindre idée sur ce que vous êtes en train de faire. Tout à fait normal. Vous avez lu beaucoup de romans, alors vous êtes tout à fait capable de relever le défi d’en écrire un. Si vous vous sentez plus à l’aise en imaginant les grandes lignes de votre roman en avance, faites-le. (ndt : l’écrivain s’y étant pris en retard, ce conseil ne s’applique pas et c’est tant mieux) Mais c’est aussi bien de se laisser porter. (ndt : ouf) Ecrivez tous les jours et une histoire digne d’un livre prendra forme, même si vous ne savez pas très bien ce que pourrait être cette histoire là, tout de suite, maintenant.
- Ne retouchez pas votre écrit pendant sa phase d’écriture. Les retouches seront gardées pour le mois de décembre. Pensez ce mois de novembre comme l’expérience de la productivité à l’état pur. Même si c’est difficile au début, laissez les passages au verbe pauvre, mal assuré ou bancal pour une révision ultérieure. Votre éditeur intérieur en sera fort chagriné, mais votre éditeur intérieur est un abruti pinailleur qui pense naïvement qu’il est possible d’écrire un brillant premier jet si vous l’écrivez suffisamment lentement. Ce n’est pas le cas. Chaque livre que vous avez aimé a débuté en tant que premier jet empli de belles erreurs. En Novembre, acceptez l’imperfection et voyez où cela vous entraîne.
- Dites à tous ceux que vous connaissez que vous écrivez un roman en novembre. Cela portera ses fruits lors de la deuxième semaine, lorsque la seule chose qui vous empêchera d’abandonner c’est la peur d’être ridicule aux yeux de tous ces gens à qui vous en avez parlé. Ce conseil est très sérieux. Ecrivez-leur à tous dès maintenant et parlez-leur de votre super nouveau roman. Le spectre menaçant d’une humiliation personnelle est une muse aux ressources inépuisables.
- Il y aura des moments où vous songerez à abandonner, en novembre. C’est normal. Tous ceux qui ont gagné NaNoWriMo ont songé à abandonner en cours de route en novembre. Tenez bon. La deuxième semaine peut être très difficile. La troisième se passera déjà mieux et la quatrième vous donnera des ailes.
L’écrivain se rend bien compte que traduire les conseils n’est pas forcément une bonne idée pour atteindre son quota de la journée, mais en même temps, comme l’écrivain publie chaque morceau sur son blog, il faut bien qu’il situe l’action pour ses lecteurs – au nombre de deux, je les en remercie, deux inconditionnels. Au passage, l’écrivain aimerait bien que son futur époux lui indique si oui ou non la traduction lui semble bonne ou pas – n’est-ce pas trop copié de l’anglais ?
Autre point à noter, l’écrivain s’est dit que, pour bien distinguer la partie nouvelle de la partie journal, l’italique aurait bon dos.
L’écrivain a de nouveau envie de reprendre la suite d’Atropos, alors, avant que l’envie ne s’évanouisse, comme c’est arrivé bien trop souvent, il s’empresse d’obtempérer.
Mary Anne était déjà installée à sa table favorite. Elle sirotait son verre de gin tonic en regardant distraitement les gens autour d’elle. Elle renvoya une mèche rebelle d’où elle venait pendant quelques malheureuses secondes et cligna des yeux en s’écriant :
- Tu en as mis du temps !
- Il y avait beaucoup de circulation. Et puis, cela a beau être ton restaurant favori, cela reste à l’autre bout de la ville.
- Des excuses, toujours des excuses ! dit-elle dans un sourire radieux. Tiens, celui-ci est pour toi.
Il y eut un bruit de chaise qu’on déplace et un ticket pour le cirque de Sériom, aux couleurs de l’arc-en-ciel, aux images holographiques, brilla, illuminé d’un rayon d’un soleil timide.
- Merci beaucoup. Depuis le temps que tu m’en parles !
Le billet passa de main en main.
- Tu verras ! Les artistes de ce cirque sont exceptionnels et, crois-moi, j’en ai vu quelques uns avant eux !
- Je n’en doute pas. On se retrouve à quelle heure ?
- Le spectacle est à vingt-et-une heures. Pourquoi ne pas se retrouver quinze minutes après au guichet B ? C’est le guichet des VIP.
- Tu ne perds jamais l’occasion de te faire remarquer.
- C’est le métier qui veut ça ! Crois-tu vraiment que j’aurais eu ces places, une seule étant déjà un exploit en soi, si je n’avais pas été la redoutable chroniqueuse d’Intermondial Show ?Je suis sûre que, même en arrivant en retard, il y aura une ouvreuse qui m’attendra bien docilement et qui aura pour consigne de passer mes moindres caprices avec elle.
- Et tu seras odieuse avec elle.
- Et je serai odieuse avec elle. Tu me connais décidément trop bien !
- Et pourquoi moi ?
- Parce que tu as fait de l’expression « sang froid » ton leitmotiv personnel. S’ils parviennent à te convaincre, à illuminer tes yeux, alors ils sont aussi bons qu’ils le prétendent et que le disent les autres journalistes de l’univers. Mais s’ils n’y parviennent pas, ma plume acérée griffera profondément leur belle image. Je serai peut-être la première à les conspuer.
- Je vois que ton cœur penche déjà pour cette solution. Tu n’en as pas marre de te faire des ennemis ?
- Pas du tout. Au fait, j’ai commandé comme d’habitude, pour toi comme pour moi, ajouta Mary Anne en voyant le serveur arrivé avec les deux assiettes.
L’écrivain se rend compte qu’il n’est pas facile d’écrire. Il repense avec amertume à cette enfance lointaine où il pouvait s’asseoir pendant des heures devant son écran d’ordinateur et écrire, rigoler seul, écrire encore, rire ou pleurer en relisant, écrire à nouveau, écrire toujours. Des heures et des heures, pendant lesquelles la Planète Aspirine, l’ancêtre des Ellians, a vécu ses moments de gloire et sa chute dans l’oubli. Et dire que c’est pour arriver aux Ellians, justement eux, que l’écrivain reprend la plume, n’est-ce pas une profonde ironie ?
Le projet Atropos est un projet compliqué en ce sens qu’il impose un narrateur qui ne doit pas être identifié – surtout pas son genre. L’idéal serait que le lecteur soit projeté au sein de l’action, comme s’il y était. Cette étape prendra tout son sens avec la conclusion de la nouvelle.
L’après-midi passa en un clin d’œil. Entre les courses pour le minimum vital, la salle d’entraînement et les deux heures passées à végéter devant la télévision, entre sieste inavouée et séance de yoga très personnelle. Il est possible que le travail ait affleuré son esprit plusieurs fois. La prochaine mission risque d’être encore plus longue que les précédentes. Rien d’inhabituel pourtant, mais quelque chose l’obnubilait, quelque chose d’indéfinissable. Cette pensée fut à chaque fois chassée par son esprit, sur le qui-vive quand il s’agit de s’assurer un moment de tranquillité pleine et entière. Le projet de Mary Anne de ce soir serait bien suffisamment riche en émotions pour valoir le titre de légumes le reste de la journée. « sang froid » hein ? cela n’aurait pas été l’expression choisie. Lucide, serait plus approprié. Les magiciens ont depuis longtemps perdu leur attrait. Comme pour ces petits enfants chez qui le magicien ne suscite aucun émoi car tout simplement ils ne savent pas ce qui est normal de ce qui ne l’est pas a priori, certains adultes ne s’émeuvent plus non plus des bouteilles empilées au culot percé à tel point que c’en est visible. Etrangement, c’était absolument évident, en y repensant, que le cirque Sériom réserverait bien plus que des magiciens manqués, ne serait-ce par l’intérêt qu’il avait suscité chez Mary Anne. D’aussi loin que sa mémoire le permette, jamais Mary Anne n’avait écrit un papier sur un cirque. Jamais. Jamais elle n’avait accepté de se déplacer pour aller voir ce type de divertissement. Elle, ce qu’elle aime, ce sont les tragédies bien ficelées ou bien les humoristes caustiques et cultivés. Des artistes interculturels, sinon ce n’est pas tendance. Un cirque ? destiné à faire rire la populace ? très peu pour Mary Anne.
Lorsque la sonnerie de son portable joua les premières notes de « to the sky and beyond », un titre en vogue il y a une dizaine d’années, les éléments de réflexion s’enfuirent, comme des renards au son du cor. L’odeur de la salle de bain, encore embuée et parfumée, parvint jusque dans le salon et le crissement du canapé accompagna le lever.
- Eteindre !
La télévision obéit et le salon accueillit le silence avec simplicité. Lorsque la porte d’entrée claqua et que le verrou tourna, l’appartement sembla retenir son souffle jusqu’à ce que le chat saute lestement sur la table pour renifler les objets qui y étaient éparpillés, chose qu’il n’aurait jamais pu faire s’il n’avait pas été seul.
Le cirque Sériom avait sorti le grand jeu pour ses spectateurs. Clairement indiqués comme universels, il annonçait à grand renfort d’affiches digitales, de lasers projetés sur les nuages, que ce cirque avait conquis déjà dix-huit mondes et plus de deux cents races différentes, pas moins. Tous ses animaux étaient chouchoutés, vaccinés, soignés, avaient leur propre passeport intergalactique et obéissaient aux ordres donnés dans cinq langues. Que tous ses artistes étaient uniques en leur genre, chacun possédant un talent à part.
Le cirque avait aussi sorti le grand jeu pour Mary Anne. Ce n’était pas une pauvre petite ouvreuse qui attendait au guichet B, c’était le vice-président du cirque, la nouvelle coqueluche de ces dames, très en vogue en ce moment, célibataire prétendait-on. Du grand art. Pendant un instant, la pensée que le vice-président protégeait ainsi son ouvreuse des caprices de Mary Anne fit sens. Puis elle fut remplacée par la certitude qu’ils comptaient sur le vice-président pour faire tourner la tête de Mary Anne, croyant peut-être que son article serait plus tendre. C’était mal la connaître.
- Vous avez l’un des billets destinés à Miss Mary Anne Harper – vous l’accompagnez, je suppose.
La gravure de mode s’exprimait sans accent – bien que les reflets bleus de sa peau trahissent parfaitement son origine.
- Tout à fait. Elle ne devrait pas tarder, je suppose. Le trafic…
- Est absolument fluide. Mais ne vous en faites pas, nous nous sommes renseignés. Tout comme nous avions estimé à quatre vingt-cinq pour cent les chances que ce soit vous qui l’accompagne. Quant à votre première réaction, elle était la bonne. Je ne supporte pas qu’on s’en prenne sans raison à mon personnel. Je m’excuse d’avance d’avoir lu ces pensées, mais elles étaient… hurlées, pour moi du moins.
Un télépathe. En quelques instants, l’entraînement militaire reprit le dessus.
- Chez nous, nous pensons que la façon dont quelqu’un traite le plus humble des siens est révélatrice de son sens de l’honneur. Je m’excuse d’avoir empiété sur votre intimité et vous remercie d’avoir fait taire vos voix intérieures.
- Puis-je m’enquérir des quinze pour cent qui restaient ?
- Les quinze… oh ! bien sûr. Il s’agissait de votre ami, Paul Duncan MacO’Leary. … Mary Anne Harper est dans la zone.
En se concentrant, comme si toute l’énergie du cerveau prenait vie en un seul point, le mot « Télépathe » fut transmis. Mary Anne qui arrivait, dévisagea le vice-président avec circonspection et sourire de rigueur.
- Je suis absolument RA-VIE d’être ici ce soir !
- Je n’en doute pas un seul instant, répondit le vice-président d’un salut poli.
- Vous êtes Seysh Hayn Aloumn, si je ne me trompe pas. Seysh Hayn est l’équivalent de vice-président. C’est un honneur.
- Merci Mary Anne pour la précision.
- L’honneur est pour moi. Vous pouvez m’appeler Mylaw. Suivez-moi s’il vous plaît.
Mylaw les conduisit de couloirs en couloirs, puis jusqu’aux gradins. La mention faite au cours du déjeuner d’une loge privée devait maintenant peser lourd sur Mary Anne. Il était maintenant évident que les places réservées n’étaient pas à l’écart, mais au beau milieu du troisième rang, au vu et au su de tous. Il allait falloir contrôler ses réactions, quoiqu’il se passe.
- J’apprécie que vous sachiez aussi contrôler vos pensées, Miss Harper. Il y a suffisamment de personnes dans le public qui en sont incapables pour lasser mon esprit. Appliquez-vous cet art de vie en permanence ou bien est-ce que le petit avertissement envoyé discrètement a porté ses fruits ?
- Une journaliste de ma catégorie ne peut risquer que ses pensées soient trahies aussi facilement. Au travail, je suis toujours sur mes gardes.
- Cela est tout à votre crédit ! J’espère que vous passerez un agréable moment. N’hésitez pas à me faire signe ou me faire quérir si vous aviez la moindre question.
Mary Anne s’installa confortablement jusqu’à ce qu’elle aperçoive des mouvements discrets.
- Ne me dis pas que tu cherches des micros ! Décidément, Paul ou toi, même combat !
Découvrant que sa main était en train de fouiller sous leurs fauteuils, il y eut un temps sans réaction, comme si le temps s’était figé, puis un temps pour la gêne.
- Le pire c’est que je n’en avais même pas conscience.
- Je ne savais pas que tu étais télépathe.
- J’ai appris une ou deux choses au cours des missions. Je ne suis pas télépathe.
- Tu m’as quand même fait clairement parvenir un message de mise en garde ! ... …comment va Paul ?
- Comme toujours, tu le sais bien. C’est un hyperactif. Toujours par monts et par vaux. Mais dans toute son agitation, il est évident que tu lui manques.
- Et vous partez pour combien de temps cette fois ?
- … Indéterminé.
- Et vous voudriez que je l’attende bien sagement ? Vous êtes obtus tous les deux. Je sais que tu lui voues une loyauté sans borne et je sais que Paul est un homme bon et droit. Mais parfois, vous me faites peur. Tous les deux. Tous les trois, devrais-je dire. Vous vivez selon des codes et des standards qui n’existaient qu’au temps de la chevalerie, et encore. Vous en demandez beaucoup à vous-même et à vos hommes.
- Au fait, comment est que le Seysh Hayn savait pour Paul et moi ?
- Réseau d’informations, j’imagine. Je ne cache pas que deux de mes amis sont militaires à bord du Discovery 648.
- Tu n’en as rien à faire de ce spectacle, n’est-ce pas ? C’était un piège pour me faire parler de Paul ?
Il y eut un petit bip discret.
- Les deux jeunes artistes, de race Touri, si je ne me trompe pas, propose un formidable duo de choc et de charme. Leurs contorsions, dignes de leur race, voire même extraordinaire même pour leur race – information manquante – ravit le cœur et l’esprit, le tout baigné d’une douce musique issue des Waonchhasas, ces petits êtres de fourrure discrets émettant des mélodies harmonieuses pour exprimer leur humeur. Le jeu des lumières met en valeur les corps des artistes, entre jeu d’ombres chinoises et pleine lumière…
- Chouette soirée.
L’entracte fut accueilli comme on accueille une trêve dans un conflit armé. Avec soulagement et en craignant la reprise des hostilités. Bien sûr Mary Anne avait voulu avoir des nouvelles de Paul. C’était évident. Ce n’était pas pour fêter un quelconque anniversaire, quelle bêtise.
- Je vais faire un tour. J’espère pouvoir voir de près ces chalyafones. Ces bestioles ont toujours exercé une forte attraction sur moi et c’est l’occasion d’en voir de près.
- Entendu. Je vais chercher des rafraîchissements.
- Et le Seysh Hayn, n’est-ce pas Mary Anne ?
- Même si c’était vrai, cela ne te regarde pas.
Les poumons s’enflèrent d’un soupir lassé. Tout en esquivant la foule, des panneaux indiquant les différents stands à disposition pendant l’entracte furent décelés. Alors que les pensées bourdonnaient dans son cerveau, des pensées pas forcément positives, ses pas l’emmenèrent vers les animaux… ou pas. Lorsque les yeux furent capables de regarder vraiment et non pas simplement voir, son corps, mué par l’instinct, se mit à l’abri.
Deux personnages se faisaient face. L’un était encapuchonné. La capuche sortait d’une vaste cape de couleur foncée. Le personnage portait des vêtements amples, foncés, des bottes en cuir souple. Le visage n’était pas visible. La personne en face était une femme aux reflets bleus, comme le Seysh Hayn, et aux longs cheveux noirs. Une humanoïde magnifique d’à peine vingt ans.
- Il est temps, dit la capuche.
Avant que la femme n’ait pu répondre, le personnage encapuchonné fit quelques mouvements rapides des mains et des éclairs blancs surgirent de nulle part et zébrèrent l’espace entre lui et la femme. Puis la femme s’écroula, petit bout par petit bout, de haut en bas, rebondissant mollement sur le sol.
L’horreur avait étreint la gorge et l’empêchait de parler – ce qui n’était peut-être pas un mal. La main cherchait l’arme si familière qui ne quittait jamais son côté droit quand l’équipe était en mission et qui manquait cruellement. Des milliers d’informations affluèrent « douleur », « odeur du sang », « mort », des milliers de pensées traversèrent son esprit simultanément, passant de « tueur en série », « modus operandi », « poubelle », « police », jusqu’ à « fuir » et tout un kaléidoscope de bêtises insipides entre les deux. La bouche sèche, le corps fut contrôlé à nouveau par la raison. « Fuir sans se faire voir » était l’action la plus judicieuse en l’occurrence. Ce qui lui sembla une éternité n’avait duré qu’une seconde… mais une seconde de trop. Le tueur se tourna :
- Qui va là ?
La peur prit le dessus et l’entraînement militaire entraîna l’ensemble le plus loin possible et le plus vite possible. Il était clair que ce tueur-là aurait le dessus sans difficulté s’il y avait confrontation. Il ne devait pas y avoir confrontation. Jamais.
Les mains tremblantes, encore sous le choc, c’est le Seysh Hayn qui fut percuté au détour d’un couloir.
- Hé bien ? que se passe-t-il ? on dirait que vous avez vu un fantôme.
- Les chalyafones ne sont finalement pas à ton goût ? gloussa Mary Anne.
- Mais les chalyafones ne sont pas dans cette direction, répondit Mylaw en fronçant les sourcils. Tout va bien ?
« Silence ou bien ce sera une boucherie ! » La gorge qui semblait se dénouer se referma à nouveau, manquant de provoquer un étouffement. Qui que fut le tueur, il avait été plus rapide. Prestement à nouveau debout, tentant de se rendre une contenance, les odeurs du cirque se mélangeant en un parfum capiteux aux mille effluves, la main encore peu assurée et le genou tremblant, c’est avec soulagement que Mary Anne lui proposa le bras.
- Tu étais encore loin dans tes rêveries et nous t’avons fait peur ! Tu ne changeras donc jamais. Tu sais que c’est là le défaut le plus important que Paul t’a toujours reproché.
- … Je sais… pardon de vous avoir fait peur aussi. J’espère ne pas vous avoir fait mal, Seysh Hayn ?
- Mylaw, répondit-il sévèrement. Je vais très bien, en revanche, vous...
- Je tiens à m’excuser. Il m’arrive parfois de revivre en pensées d’anciennes missions qui ont été particulièrement douloureuses – et d’oublier alors le monde qui m’entoure.
« Bien ». L’emprise glacée du tueur se relâcha peu à peu jusqu’à disparaître.
Quel est le pourcentage de chance que le tueur me laisse donner l’alerte ? Quel est le pourcentage de chance que je m’en sorte indemne ? Le cerveau fonctionnait maintenant à plein régime, sourd aux inepties proférées par Mary Anne et Mylaw. Comment donner l’alerte le plus discrètement possible, le plus efficacement possible ? Qui était la femme ? qui est ce tueur ?
- Je vois bien que tu n’es plus avec nous.
- Excuse-moi Mary Anne.
- Mylaw nous fait l’honneur de rester avec nous pour la deuxième partie du spectacle et toi, tu te mures dans ton univers. Moi qui comptais sur toi pour mon article…
- Tu t’es déjà fait ton opinion, Mary Anne. Sinon tu n’aurais même pas accepté ces billets.
Mary Anne eut un regard noir – il ne fallait jamais découvrir certaines de ses méthodes, surtout devant des gens concernés. Mais c’était sorti tout seul et il y avait plus important sur le feu. Et puis, Mary Anne allait maintenant lui ficher la paix. Les numéros s’enchaînaient et déchaînaient les passions. Une arme. Des équilibristes sur des lames laser ! Voilà ce qu’il faut en priorité, une arme. Au regard surpris de Mylaw, le cerveau s’assura que la barrière psychique n’était pas ébranlée par toute cette histoire. Il n’était pas question de flancher, pas maintenant. Des clowns aériens… Il y avait forcément une issue avec toute cette foule. Le numéro phare ! Ne pas flancher, rester calme…
Et soudain le silence se fit dans son cerveau aussi blanc que la foule hurla de façon assourdissante. Les mots se détachèrent dans la peur, l’horreur, à l’état brut. Le… tueur… est… sur… scène.
- Hé bien, je vois à votre réaction que vous avez déjà entendu parler de notre magicien, Horun Ash Tenbre, son nom de scène est Atropos.
- Il paraît que ce qu’il fait est absolument incroyable. J’ai hâte de me faire ma propre opinion, minauda Mary Anne. Tu en avais entendu parler aussi, n’est-ce pas ?
- N… Non, pas du tout.
Un magicien ? la star du cirque ? Ce tueur de sang froid ?
A nouveau, impossible de réfléchir. Avec ces milliers d’yeux braqués sur lui, il semble que le magicien n’ait d’yeux que pour moi. Est-ce possible ?
Et voilà, comme souvent, à l’approche d’un dénouement, l’écrivain bloque. Car finir, c’est mourir un peu. Absurde pour certains, réalité pour d’autres. Pourtant cette histoire ne devrait pas poser problème car sa fin est déjà décidée – elle ne s’écrit pas au fil de la plume, pas vraiment, mais elle est dictée par un rêve qui a été fait. Cette histoire est déjà finie, dans la tête de l’écrivain. Mais la mettre sur le papier, c’est admettre sa fin à la vue et au su de tous. Etonnant, surtout que l’écrivain n’a pas ou très peu de lecteurs. Est-ce donc admettre sa fin à la vue et au su de l’écrivain ? Et par conséquent, l’écrivain a peur de la fin ? de finir ?
L’écrivain note à présent qu’il a le même problème à finir certains livres, de peur que la fin ne le déçoive ou à finir certains jeux, pour que les héros n’aient pas « fini » ce qu’ils aient à faire et pour que l’écrivain vive dans l’illusion que, à tout moment, il pourrait reprendre le jeu. Alors qu’une fois fini, les héros… disparaissent ? L’écrivain n’est pas bien clair là-dessus.
18:30 Publié dans Atropos, Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
02.11.2009
Le Défi du Jour
Le défi du jour m'a été lancé par ce chel Melril. Au moment le plus pertinent, il a glissé avec succès un lien vers un site web. Ce site propose d'écrire pendant les trente jours du mois de novembre jusqu'à atteindre 50000 mots. Ecrire en quantité, pas écrire en qualité, pas pour être lu mais pour écrire. N'est-ce pas exactement ce dont j'avais besoin ?
Forte de cette décision, je me suis inscrite sans ambage et j'ai commencé à écrire. Ecrire, écrire. Ecrire pour redéfinir les raisons pour lesquelles j'écrivais. Certains points, je les ai récemment abordés dans ce blog. Et, de fil en aiguille, de mot en paragraphe, l'envie de reprendre et enfin achever Atropos m'a étreinte. J'en ai d'abord eu peur et j'ai surfé sur les forums du site pour me changer les idées. Et ensuite, je me suis jetée à l'eau. Car enfin, pourquoi me priver de cette envie quand c'est précisément ce que je veux faire ?
En exclusivité sur ce blog, je vais publier l'écriture de mon Défi de 50 000 mots. Vous êtes prévenus, il ne s'agit pas de qualité. Il s'agit d'écrire dans ce marathon du mot, comme les grands malades qui courent un marathon pour se prouver qu'ils sont guéris, qu'ils ont vaincu. Voici ma lutte.
Total du jour : 1944 mots
Journal de Bord du Défi des cinquante mille mots en un mois
Premier Jour
La tête pleine des bruits d’acouphènes et de climatisation que ses collègues ont réglé sur la position maximale, côté chaleur bien sûr, histoire de pouvoir se balader en manches courtes dans un open-space en plein hiver, image qui lui semble particulièrement absurde, l’écrivain commença son dur labeur. Voici un challenge difficile mais en même temps fort intéressant, tombé pile poil à un moment où l’écriture devait revenir dans sa vie, redevenir thérapie de l’âme et manipulation des mots.
Car écrire cinquante milles mots en trente jours, surtout quand on commence le défi avec déjà un jour de retard, toute personne normalement constituée commencerait à se poser des questions sur la faisabilité.
Mais pour une fois, oui pour une fois, point n’est besoin de se torturer par questions interposées, pour une fois il est temps d’agir.
L’écrivain eut une pensée émue pour son compagnon de toujours, si j’ose dire, qui lui avait indiqué le site web NaNoWriMo et proposé de participer. Comme toujours, à l’écoute de tout, il avait su trouver le bon moment pour lui parler de ça.
Il y a encore peu, jamais il ne serait venu à l’écrivain de considérer même de relever ce défi. Mais pour être écrivain, il faut avant tout écrire, et c’est bien là que le bât blessait. Un écrivain dont la plume s’est tari et dont la muse est partie en goguette dans de lointaines fééries en oubliant d’envoyer la carte postale pourtant incontournable, ne peut se targuer d’être un écrivain, ni même un écrivaillon, ni même un scribouillard, avec ou sans lunettes – à l’extrême rigueur un humain qui aimerait écrire – mais pas bien plus.
Après un savant calcul, effectué sous la houlette d’une certaine machine à calculer, outil aujourd’hui indispensable si l’on souhaite survivre en ce monde, l’écrivain réalise avec horreur qu’il va falloir écrire mille six cent soixante-sept mots par jour en moyenne pour parvenir à relever le défi, tout en sachant que le mois de novembre est particulièrement chargé dans son association d’escrime de cape et d’épée – si vous visualisez « Les Trois Mousquetaires » ou bien, plus récent, « Pirates des Caraïbes », vous visualisez ce qu’est l’escrime de cape et d’épée.
Ne laissons pas là les chiffres nous décourager, ni même, après une visite plus approfondie du site, la découverte que certains spécialistes en sont déjà à cinq mille mots (bravo à eux – chapeau bas). La technologie moderne est l’alliée de l’écrivain et peut-être que les deux heures, souvent plus, de déplacements quotidiens dans les transports en commun seront bénéficiables à cette œuvre en cours.
Fort de sa détermination, moteur de tout, l’écrivain reprit doucement. Après des années de silence papier, après des années de déchirement entre envie d’écrire et rien qui vient, après avoir trouvé vainement cette formule magique « La plume sur le papier et l’encre prend vie » et avoir maudit cette encre stérile et ce papier vierge, il ne faudrait pas risquer le claquage oculaire ou cérébral. Ecrire, oui, en quantité, certes, mais avant tout écrire pour réapprendre à écrire, à aimer les mots, à les peser, les chérir, les laisser venir sans les censurer systématiquement, les laisser grandir et devenir une œuvre achevée, enfin, dans un univers de bébés mort-nés, morts d’avoir été trop auscultés et sans leur avoir laissé le temps d’être.
L’écriture, chez cet écrivain, est vivante – une plante qui bourgeonne quand le soleil est bon et l’eau fraîche et qui dépérit quand l’été est trop aride ou quand l’hiver arrive. Car, immanquablement, « winter comes », mais c’est en gardant cela en tête que l’écrivain doit aujourd’hui affronter son art et composer avec. Plus n’est question de se contenter de suivre le vent, il faut maintenant aller à contre-vent, en horde ou seul. Plutôt seul, car cet écrivain est un loup solitaire qui renoue avec le louveteau qu’il était autrefois, pas à pas. L’écrivain espère pouvoir réaliser, avec un peu de recul et dans quelques mois, que « winter came » mais que le loup a survécu. Le loup ainsi que l’écrivain, est-il besoin de le mentionner ?
A quoi bon s’obstiner à toujours vouloir écrire pour quelqu’un ? Souvent, l’écrivain est déçu du regard de l’autre, n’arrive pas à pleinement transmettre son imaginaire, ses mondes. Car l’écrivain oublie qu’une fois que l’œuvre est lue, elle ne lui appartient plus vraiment. Mais comme ce lecteur est devenu obstacle à l’écrivain, il est alors temps de poser des bases différentes, peut-être plus saines, du moins alternatives.
Parfois l’écrivain n’est pas déçu du regard mais de l’absence de regard.
Alors pour se soigner, l’écrivain décida de faire fi de ce regard et de se concentrer sur soi. Pourquoi l’écriture ? Car elle venait spontanément, c’est une amie toujours, lointaine souvent mais présente en chaque jour et chaque lieu. Pourquoi ce blocage ? si l’écrivain le savait, il n’en serait pas là. La peur de finir quelque chose et de signer ainsi sa mort dans l’imaginaire de l’écrivain – même si l’écrivain voit bien qu’une œuvre finit peut alors vivre dans l’imaginaire d’autrui. La panique d’être jugé. Le jugement qu’il s’impose à lui-même, après s’être spécialisé dans la littérature lors de ses études. Tous ces facteurs se mêlent et s’emmêlent en une sarabande frénétique et confuse. Comment écrire ? Aujourd’hui, l’écrivain teste une méthode qui lui était autrefois familière : pour lui-même. Quel en est le but ? écrire tout simplement. L’écrivain écrivit ce mot : « simplement » et se rendit pourtant compte que non, ce n’était pas si simple.
Rassuré par les forums du site susnommé, l’écrivain se rend compte que la tâche herculéenne à laquelle il s’est attelé n’est pas « a piece of cake » pour tous et que tous les écrivains sont dans ce même rapport au mot et au temps qui laisse l’écrivain songeur. L’écrivain se demande même s’il ne devrait pas profiter de l’occasion qui lui est offerte, en l’occurrence ce défi, pour proposer différentes nouvelles qu’il a en tête – parfois ces nouvelles ont donné lieu à quelques lignes sur le papier, parfois à rien du tout si ce ne sont que des fantômes dans un cerveau embrumé. Et les lier à coup de réflexions sur l’écriture…. Pourquoi pas après tout ? quand l’envie le prendra, l’écrivain écrira ce qu’il a envie d’écrire, rien de plus, rien de moins et pourtant ce sera déjà beaucoup.
Après avoir lu quelques conseils avisés, bien pensés, des autres NaNonautes, l’écrivain décide qu’il est temps de se lancer dans l’écriture de « Atropos ». Pour situer un peu l’histoire, l’écrivain tient à signaler qu’Atropos est le nom d’une des trois moires, mais pas n’importe laquelle, sinon ce serait trop simple, c’est celle qui coupe le fil de la vie. De plus, il faut savoir que l’écrivain a rêvé – ou plutôt cauchemardé – cette aventure une nuit et qu’elle l’avait tellement marqué qu’il avait décidé qu’elle ferait partie de son univers.
L’écrivain ouvre alors une deuxième parenthèse. Pendant ces années où, impotent, il ne put pondre une seule ligne, l’écrivain avait malgré tout envisagé son œuvre un peu à la Balzac, grand auteur selon notre écrivain. Balzac s’était attelé à la Comédie Humaine, un ensemble d’œuvres et de recueils en tout genre qui devaient décrire tous les humains et leurs comportements. L’écrivain avait alors songé à sa propre écriture comme un univers à part entière, peuplé de galaxies, certaines qui n’auraient peut-être jamais de liens les unes avec les autres et d’autres reliant activement différents points de l’univers.
Ainsi commence « Atropos »…
La sonnerie stridente de l’alarme lui vrilla les oreilles et son cerveau sortit peu à peu des nimbes du rêve étrange qu’il était en train de faire. Alors que le jour faisait place au rêve, le cerveau s’accrochait désespérément aux bribes fantastiques dont il semblait encore pouvoir se souvenir. A peine le temps de fouiller sa mémoire, que les premières bribes s’évanouissaient à leur tour au gré des mouvements qui étirent le corps, telles ces volutes de fumée qui prennent leur essor quand vient le vent.
La bouche pâteuse, la démarche peu assurée, le train-train quotidien reprenait ses droits. Après s’être levé, il fallait maintenant se diriger vers les toilettes, puis vers la cuisine où il fallait lancer la cafetière et nourrir le chat. Ses pas menèrent ensuite au salon, où l’écran de télévision s’alluma à son approche. Le brouhaha qui envahit la pièce et l’espace entre ses deux écoutilles devint peu à peu audible. C’est alors que la cafetière cessa son bruit de pétarade annonçant que le café était prêt. De retour dans le salon le café en main, la première gorgée faisant effet, les mots de la présentatrice étaient maintenant parfaitement compréhensibles :
« … qui a fait deux morts et un blessé grave. Le conducteur, indemne, était sous l’emprise de stupéfiants de catégorie A. Il a d’abord tenté d’échapper à la police mais s’est finalement rendu après s’être perdu dans le quartier voisin.
Décidément, cette journée est tristement riche en mauvaises nouvelles. Ce matin même, un éboueur aurait découvert un cadavre découpé en morceaux dans les poubelles de la ville de New New Orleans. La police, intervenue sur les lieux peu de temps après, a mesuré l’ampleur du désastre et son porte-parole nous a confié qu’il ne s’agissait pas d’un cadavre mais de trois cadavres. Le porte-parole a bien précisé que l’enquête était en cours et que nous serions tenus informer des avancées. Cette découverte macabre intervient moins d’un mois après une découverte similaire, dans la ville de Ploin, à deux mille cinq cents kilomètres de là, d’un cadavre en morceaux. Autre fait troublant, dans les deux cas, la police n’aurait pas trouvé une goutte de sang à proximité. Notre expert, Max Etienne Indurain Della Grange, est sur le plateau aujourd’hui pour parler de cette affaire avec nous.
- Professeur Indurain Della Grange, selon vous, s’agit-il d’un tueur en série ?
- Allons, allons, le mot est lâché ! « tueur en série »… Il faut raison garder. Il est tout d’abord possible que cette affaire n’ait aucun lien avec la précédente et qu’il s’agisse d’un opportuniste qui, voulant brouiller les pistes, ait copié le modus operandi de l’assassin de la ville de Ploin, sur Terre.
- C’est en effet une hypothèse, Professeur, mais il y a des similarités troublantes : le lieu où ont été trouvés les corps, la technique, l’absence de sang…
- Je vous l’accorde, mais tous ces éléments que vous me proposez ont été relayés, à grande échelle, par la presse intermondiale. Il faut se méfier des copycats, ces tueurs intelligents qui aiment à imiter le modus operandi, soit la manière de tuer si vous préférez, d’autres, pour éviter de se faire prendre par exemple. Tout ce que nous pouvons dire avec certitudes c’est que les personnes n’ont pas été tuées sur place. Le ou les tueurs ont déplacé le cadavre par la suite – l’absence de sang le prouve. Il est trop tôt pour tirer d’autres conclusions. Rappelez-moi lorsque nous en saurons plus.
- Merci Professeur Indurain Della Grange. »
L’image s’estompa pour laisser place à une diffusion locale.
« Météo maintenant. Dans votre secteur terrien, vous pouvez prévoir d’emporter un parapluie même si les chances de bruines sont de cinquante-sept point cinq pour cent seulement. Ces chances risquent d’augmenter en fin de soirée. La température oscillera entre les quatorze degrés le matin à vingt-trois degrés au plus fort de l’après-midi pour redescendre sous la barre des douze degrés en fin de soirée.
Divertissement. Le cirque international des Sériom est arrivé dans la ville de Azouain-les-deux-mers. Ce cirque est très réputé pour ses spectacles de très haute qualité, ses tours exceptionnels, visibles uniquement sur place."
suite au prochain numéro ou plus tard dans la soirée.
18:36 Publié dans Atropos, Ecriture | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
30.10.2009
Back on tracks
Bonjour petits padawans à fourrure ou pas,
Tout d'abord, je vais ouvrir une parenthèse pour répondre à mon commentateur favori - et néanmoins unique - qui sévit depuis mon retour - et même avant, je le reconnais - sur ce blog. Oui ça fait treize jours que j'ai écrit une "note" comme ils appellent ça depuis longtemps, mais ça fait qu'une semaine que j'en ai parlé à Anthony car moi-même j'avais oublié que j'en avais écrit une - c'était dans le RER et ça a été fait honteusement, comme on va aux toilettes, sans l'odeur j'imagine. Pardonnez l'image crue, mais quelque part, y a du vrai. Quoique dans le RER, y a toujours de l'odeur, surtout à Châtelet.
Car l'écriture qui est pourtant mon moyen d'expression le plus spontanné et le plus aisé ne m'est plus du tout naturel ni aisé et je redécouvre ce que c'est que d'écrire. Juste écrire. Sans lectorat, sans rien.
Je ne sais pas pourquoi mais depuis une dizaine d'années, je suis incapable d'écrire. Même quand je meurs d'envie d'écrire, comme quand on meurt de faim, je me retrouve devant une feuille blanche ou un écran vierge et là, blocage. Rien ne sort, rien ne vient ou même si quelque chose vient, je le censure.
Alors dire que de nombreuses blessures m'ont empêché d'écrire, c'est peut-être vrai, mais cela reste un pis-allé, une excuse.
Bien sûr, 'on' m'avait offert un journal de bord quand je suis partie aux Etats-Unis avec la promesse de pouvoir le lire à mon retour. Promesse que j'ai tenue scrupuleusement, sauf à un moment précis, quand j'étais au plus mal. A peu près deux fois par semaine en moyenne, je m'attachais à noircir, ou plutôt bleuir, les pages du journal. Mais de retour, personne ne me l'a demandé. Même quand je l'ai proposé, personne ne s'est manifesté. Encore aujourd'hui, seuls mes yeux ont tourné ces pages, mes mains caressé le papier et mon cerveau analysé le contenu.
L'écriture chez moi évolue au fil de mon être. Elle flétrit quand tout va mal et pousse quand tout va bien. En année de disette, elle est plus amère de bourgeons et plus repliée sur elle-même - elle végète, elle attend que les vents tournent et que le soleil revienne. Car même si "Winter comes" - ce en quoi je suis entièrement d'accord et au passage, chapeau bas à Monsieur George R R Martin - le printemps aussi revient, Râ aussi. Jusqu'à la fin du monde tel que nous le connaissons et même alors je suis sûre que la vie reprendra ses droits, différemment peut-être, ailleurs sûrement.
L'écriture me cache aussi. Noyée dans la masse des mots et les mots de la mass(u)e, je fais voir les facettes qui me plaisent, laisse entrevoir les facettes que je tolère et cache la noirceur. Quand la noirceur m'étouffe le coeur, l'écriture s'éclipse.
Cette fois-ci je repars sur des bases différentes. Je n'ai pas besoin qu'on me lise pour écrire. Je n'ai pas besoin de dire des choses intéressantes pour écrire. J'ai besoin d'écrire. Je me souviendrai toujours de Steff, prof de philo aux Etats-Unis qui m'avait dit "Sylvie, il faut que tu écrives. Pour être écrivain, il faut écrire. Pour être sculpteur, il faut sculpter. Qu'importe si les gens te lisent ou pas, que les gens achètent ce que tu produis ou pas". (Notez au passage que ce ne sont pas là ses paroles exactes car de toutes façons, elle parlait en américain). Cette leçon qui m'avait alors marquée et m'avait fait redémarrer plusieurs fois avant, je ne l'avais pas pleinement assimilée malgré tout. Je ne dis pas que c'est fait aujourd'hui non plus, j'avance pas à pas.
Je profite de l'occasion que je me donne moi-même pour parler un peu des raisons de ma dépression. Oui, j'ai mal vécu la mort de Mike, la séparation de deux copains car je l'ai vécue du premier rang, voire de la scène elle-même, le départ avec fracas de certains éléments des Lames surtout après la putréfaction que leur présence avait engendrée (oui je sais c'est violent) et qu'il a fallu désinfecter, la découverte qu'avec certains copains dont je n'attendais plus que de passer des bons moments avec eux, il m'était même impossible de passer ces dits bons moments car nous étions trop différents - en fait, nous n'avions jamais été proches, si ce n'est par la force des choses. Mais avant toute chose j'avais mal vécu mon changement d'affectation au sein de ma boîte et la façon dont ça s'est passé et j'ai surtout très mal vécu, et le vis encore mal pour le moment, la dualité entre "je suis heureuse que mon père ne vienne pas à mon mariage" et "jusqu'au bout il ne se sera jamais comporté en père pour moi". Alors je sais qu'il ne faut pas s'apesantir sur le passé mais là ce n'est pas du passé mais c'est mon présent et mon futur.
La petite fille qui est en moi refuse toujours que son père ne vienne pas assister au plus beau jour de sa vie et l'adulte pourtant sait que c'est pour le mieux. Et chacune tire sa corde de sentiments dans son sens sans vouloir lâcher, jusqu'à ce qu'elle casse ou qu'elle s'enroule et qu'elle m'étouffe.
Alors voilà, je mets des mots sur mes sentiments et j'écris, j'écris, j'écris, jusqu'à ce que ça fasse sens ou que j'arrive à me débarrasser du poids de mon propre fardeau à travers les mots. Ou pas.
Leviys, le loup à la plume
17:50 Publié dans Ecriture, Mariage, Nombrilisme | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
28.10.2009
Ainsi font font font les futurs jeunes mariés
Salut à tous, surtout à ceux qui avaient eu la présence de s'inscrire à la newsletter de ce blog et qui ont donc été informés dès l'écriture de nouveaux articles - ou bien qui sont assez patients pour vérifier super régulièrement s'il n'y a pas du nouveau.
Hier, la fourmi et le loup ont testé leur repas de mariage. Comme nous hésitions entre deux menus, nous avions demandé une dégustation pour pouvoir nous faire une opinion.
Mal nous en a pris !! Non seulement nous avons donc eu un double menu (WOW !) mais en plus c'était tellement bon que nous ne sommes pas plus avancés ! Ahahaha... en tout cas c'était délicieux et ça valait le coup car nous avons passé un très bon moment. Pas plus avancés, certes, mais quelques kilos de plus !!! :o)
14:14 Publié dans Mariage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
26.10.2009
On a tous quelque chose en nous de Leviys
Ben oui, on a tous en nous un petit bout de Leviys quelque part. Surtout moi, je le reconnais.
Je me rends compte que je pourrais vous raconter les fascinantes aventures de Leviys qui voudrait se marier.
Parce que, contrairement à ce que les gens croient, tout ne va pas de soi.
Laissez-moi vous raconter cette histoire...
Tout commença par un voyage à Venise en février 2009, pour la clôture du carnaval. Au cours de cette escapade en amoureux (comprendre une dizaine de Lames sur Seine), Ant, la fourmi, profita d'un moment seuls tous les deux pour me poser la fameuse question - je passerai sous silence sa tête quand il a vu que le pont des soupirs était en rénovation car, grand romantique devant l'éternel, il avait décidé de me poser la question sur le pont des soupirs. Question à laquelle je dis, oui. (non ? c'est vrai ? et le suspens ???)
Jusque là c'était facile. Je remercie toutes les Lames présentent d'avoir joyeusement accueilli la nouvelle.
S'est alors posée la question de la date. On partit sur un mariage en 2010, plutôt tôt dans la saison afin d'éviter les tarifs aberrants pratiqués par certains lieux et traiteurs peu coutumiers de la crise et/ou des petits budgets. Après moult échanges, on opta pour le 15 mai. C'était sans compter sur... * musique angoissante * la MAIRIE DE VINCENNES (prononcé avec une voix d'outre-tombe).
C'est là que ça devient drôle : nos deux jeunes futurs mariés, TRES prévoyants, décident de prendre le taureau par les cornes. Dès avril 2009, Ant fit des premiers repérages auprès de la mairie pour demander si c'était ok un mariage en 2010, si c'était ok que ce soit en costumes, s'il y avait encore des disponibilités, quand est-ce qu'on pouvait s'inscrire etc...
Effectivement, que la bonne femme réponde de ne pas revenir avant septembre 2009 aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Mais à part ça, le contact fut très sympa, le dossier donné, oui pour les costumes.
Le loup, en bon têtu qu'il est, regarda sur internet et trouva sur les sites officiels des infos indiquant que les mairies acceptent les inscriptions un an à l'avance. Ainsi soit-il, nous devions nous marier le 15 mai 2010, aussi le 16 mai 2009 nous serions présents à la mairie. Bon évidemment, c'était sans compter sur la préfecture du Jura, Lons le Saunier, qui n'est pas raccordée à internet. Rendez-vous fut donc pris, avec RTT posé, en juin, pour déposer le dossier de mariage.
Pendant ce temps, histoire de bien négocier l'organisation, le lieu fut trouvé, ainsi que le photographe.
Le regard insouciant, l'oeil humide et la main moite, les moins jeunes futurs mariés se présentèrent pour leur dépôt de dossier. Tout se présenta bien jusqu'au moment d'indiquer la date. "en mai ? mais c'est tout férié en mai, il faut faire attention ! allons bon, est-ce qu'on a l'agenda des mariages pour l'année prochaine ? c'est trop tôt non ?" heureusement, avant que la Leviys ne commence à répondre sèchement que les inscriptions au registre des mariages se font un an avant, la dame avait trouvé le dit agenda et de dire "mais le 15 mai, c'est férié il me semble". Leviys d'insister : le 1er et le 8 mai, oui c'est férié. Mais pas le 15. La dame de s'écrier devant son agenda "mais oui c'est férié le 15" - incrédules : Comment ça ??? - "en fait c'est le 13 mai qui est férié mais on fait le pont" et la dame, prise d'une inspiration empruntée aux arcanes sadiques les plus anciennes, de rajouter avant que nous n'ayons pu évaluer les dégâts "et de toute façon, nous ne marions pas les lundi, mardi et mercredi". Alors là, la Leviys commence à faire tourner le hamster (voire les autres articles)... Entre les tentatives d'assimiler ce qui a été dit et les options qui restaient... Et la dame, qui se rend compte que dire à de futurs jeunes mariés que leur date n'est pas possible alors qu'ils ont déjà lieu et photographe n'était pas forcément la chose la plus aimable à dire : "mariez-vous la semaine d'avant (jeudi 6 ou vendredi 7 hein ? car le samedi c'est férié) et faites la fête le 15". Ben c'est que... nos familles et nos témoins ne sont pas dans la région du tout. Ils viendraient exprès pour nous et les faire venir pour plus d'une semaine ben... "Faites-le en petit comité, juste les parents" Ben... ça change rien au problème. "comment ça ?" Ben... nos parents ne sont pas dans la région. On croit vous l'avoir déjà dit. Là, une dame qui avait entendu la conversation tenta un "et pourquoi pas le faire le mercredi 12 exceptionnellement ?" la première de rétorquer "non non, on ne marie pas les lundi mardi mercredi" "sauf en cas d'urgence" répondit l'autre "ce n'est pas une urgence" "oui mais là, c'est beaucoup de jours sans mariage, je pense qu'on peut considérer ça comme une exception" "c'est toi qui lui expliqueras" et à mon intervention - c'est jusqu'à quelle heure les mariages en semaine ? - la réponse fut "16h30 au plus tard". Ah ben tiens. J'imaginais déjà le thème du mariage "si vous nous aimez, vous sacrifierez une demie journée de boulot !"
Dépités, le loup et la fourmi demandèrent avec amertume doublée d'une pointe de sarcasme si le 22 mai était aussi fermé. Là non. Ah ben tiens. Mais on peut pas changer comme ça, à cause du lieu, tout ça. Donc la bonne femme de rétorquer "hé bien, voyez avec le lieu, et revenez nous voir dès que vous avez la réponse !" et le loup de faire remarquer que les RTT ça ne pousse pas sous les sabots d'un cheval, sinon j'en ferais un élevage. De sabots, pas de chevaux. Quoique. La dame, dans sa grande mansuétude, proposa que la fourmi revienne seule pour déposer le dossier. (Je crois qu'elle avait alors senti que le loup allait craquer et soit fondre en larmes, soit lui sauter à la gorge, ce qui était une grosse erreur d'appréciation car il était fort possible que ce soit LES DEUX).
Heureusement, tout est bien qui finit bien. Le lieu était disponible le 22 mai 2010, le photographe ne l'était plus mais finalement si et la mairie accepta le dépôt de dossier unilatéral. La date est donc le 22 mai 2010, qu'on se le dise !
Leviys, le loup futur marié
18:41 Publié dans Mariage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note


